Villeneuve de Marc : neuf siècles d'histoire
Villeneuve de Marc a été fondée au XIIe siècle. Suite à l'installation de l’Abbaye de Bonnevaux en 1117, le village de Saint-Symphorien (mentionné dans quelques sources anciennes, dont un récit hagiographique du IXe siècle), dans la vallée de la Gère, avait été déplacé. Les circonstances de ce transfert sont aujourd’hui mieux connues : outre une décision papale interdisant la présence d’habitation près de l’abbaye, pour faire place au « désert cistercien », la création d’un nouveau village (« ville neuve ») s’inscrivit entièrement dans le cadre féodal. A la lecture des archives, l’importance stratégique du site choisit pour la nouvelle fondation apparaît nettement : les seigneurs de Beauvoir ne s’y étaient pas trompé en installant une tour de garde à l’emplacement du château actuel. Villeneuve était à l’époque un point de passage sur une route importante reliant Vienne à la Côte-Saint-André. Cela offrait l'opportunité de contrôler une voie de communication, et de pouvoir prélever des taxes de péage !
On peut voir dans le passage du Roi Charles VIII à Villeneuve (il dîna avec la Reine au château !), alors qu’il s’en allait guerroyer en Italie (1494), le symbole de l’importance stratégique du site de Villeneuve. Source de retombées économiques pour les différents seigneurs, la route amena également sous l’Ancien Régime un fléau dont les habitants se seraient bien passés : le logement de la troupe ! Engendrant souvent un grand désordre et une charge lourde pour les villageois, le passage des armées royales sont à l’origine de nombreuse plaintes et doléances : au 18e siècle, le curé dût par exemple se plaindre des dégradations commises par un détachement de cavalerie dans l'enceinte du cimetière !
Parmi tous les seigneurs de Villeneuve, le Maréchal de Villars fut sans aucun doute le plus célèbre : il sauva la France à la bataille de Denain (1712), fut l’un des plus grands militaires de son époque et un personnage haut en couleur de surcroît très riche (il devint propriétaire du château de Vaux le Vicomte en 1705). Par rapport aux autres seigneurs de Villeneuve de Marc, il possède le paradoxe d’avoir été à la fois le plus prestigieux…et le moins présent, puisqu’il ne passa qu’une fois dans sa petite seigneurie Dauphinoise !
A la fin de l’Ancien Régime, Villeneuve ne fut pas épargné par la tourmente révolutionnaire : lors d’un épisode de troubles appelé « la grande peur », l’abbaye de Bonnevaux fut pillée. Au niveau de la communauté d’habitants, des cahiers de doléances (bien conservés aux Archives Départementales) avaient été rédigés, reflétant les préoccupations d’une partie de la population. On ne peut cependant pas considérer les doléances de Villeneuve de Marc comme l’émanation d’une véritable revendication populaire car elles furent influencées par des théories (notamment celles des physiocrates) connues d'une infime partie de la population.
Le XIXe siècle fut apparemment une période de fort accroissement démographique, raison pour laquelle l’Eglise du village fût considérablement agrandie (sa configuration actuelle date de cette époque). Il fallut non seulement agrandir le corps de bâtiment, mais aussi surélever le clocher pour que chacun puisse entendre les cloches qui rythmaient les journées et annonçaient l’office. C'est également à la fin de ce siècle que l'école fut construite.
Au XXe siècle, le village connu une évolution majeure. Dans les années 1930 au terme de multiples rebondissements pour sa venue et son installation, la « fée électricité » commença à apporter ses bienfaits, entraînant un grand changement dans la vie quotidienne au foyer…et aux champs.
A cette époque Villeneuve connaissait de nombreux lieux de sociabilité tels les nombreux cafés installés aussi dans des hameaux.
Le monument aux morts, qui fait face à la façade en pur style dauphinois de l'école primaire, rappelle que les familles de Villeneuve n'ont pas été épargnées par les grands conflits de la première moitié du siècle dernier.
Aujourd'hui, dans le bel écrin de verdure qui a vu les débuts de sa fondation, la commune a su conserver son caractère traditionnellement rural sans oublier de se tourner résolument vers l'avenir.
Article rédigé par Bruno MAYORGAS